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La querelle du panthéisme – lectures polémiques de Spinoza en Allemagne à la fin du XVIIIème siècle

17 septembre 2008

La querelle du panthéisme, qui anime le débat philosophique en Allemagne dans les années 1780, pourrait sembler un simple épisode de l’histoire des idées. Elle recèle en fait des enjeux qui alimentent encore le débat philosophique contemporain.

La querelle est déclenchée en 1782, lorsque Jacobi prétend que Lessing, figure majeure des Lumières allemandes, lui aurait confessé, peu avant de mourir, se reconnaître dans le système philosophique de Spinoza, alors considéré comme le modèle même du philosophe athée. La révélation fait scandale, non seulement parce qu’elle porte atteinte à la mémoire de Lessing, mais parce qu’elle ternit l’image de toute l’Aufklärung, dont le propre était, semblait-il, d’avoir su, à la différence des philosophes français, concilier pacifiquement le rationalisme avec les religions. Pour réhabiliter son ami et la démarche même de l’Aufklärung, Mendelssohn engage avec Jacobi une controverse aux allures de combat philosophique. Les Lumières allemandes entrent alors dans une crise si profonde qu’on ne saurait la tenir pour entièrement apaisée aujourd’hui.

La querelle met aux prises non seulement Mendelssohn et Jacobi mais également Kant, Wizenmann, Herder, Fichte, Schelling, Hegel et les principaux post-kantiens, qui déterminent leurs positions philosophiques respectives dans les termes du débat ouvert en 1782. Cette crise du rationalisme rejoint en outre, dès 1789, la crise politique ouverte par la Révolution Française. À quelles conditions le projet rationaliste de connaissance et de développement humain porté par les Lumières peut-il être préservé ? Le prétendu spinozisme de Lessing revient-il à tirer un trait sur la conciliation du rationalisme avec la religion qu’avait constituée son œuvre ? Le scepticisme de Jacobi met-il à bas la prétention de la raison à pouvoir connaître la nature et guider nos actions ? Le criticisme de Kant peut-il suffire à satisfaire l’aspiration de la raison à connaître la totalité du réel ? La figure idéaliste que prend le rationalisme ne revient-elle pas à nier le réel lui-même, et donc à faire preuve de ce que Jacobi, le premier, nomme un « nihilisme » ? L’objet de ce cours sera de montrer pourquoi ces questions, qui peuvent sembler purement doctrinaires et abstraites, traversent en fait notre actualité la plus immédiate.

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Références

  • Spinoza, Baruch, L’Éthique, traduction de Bernard Pautrat, Éditions du Seuil, coll. Points.
  • Zac, Sylvain, Spinoza en Allemagne, Méridiens Klincksieck.
  • Vaysse, Jean-Marie, Totalité et subjectivité, Vrin.
  • Tavoillot, Pierre-Henri, Le Crépuscule des Lumières, Cerf.

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